Les pages s'établissent en amont comme une danse.
C'est à dire qu'elles se déroulent en ordre inverse, illisibles.
Une grande main violette feuillette le livre, relié avec des bois de cerfs.
Aux nervures des ongles on devine qu'il est le chef d'orchestre. Certainement pas l'écrivain.
Car le livre s'est écrit seul. Ce qu'on a pu nommer Dieux ou Dieu n'étaient que des personnages secondaires d'importance, le personnage principal sur des chapitres de plusieurs millénaires.
Maintenant on singe l'accent de la noblesse comme si on avait réussi à trouver l'âme.
On s'abreuve. Sans créateur. Sans créature. Aucune distance n'existe entre la lettre et le neurone.
Rites magiques : lire un poème. Même un mauvais poème pour peu qu'il fut, lui aussi, en dehors de tout acte de création.
Et depuis la danse sur fond noir s'élèvent en volutes les vibrations nocturnes du poème jamais fabriqué, qui émergea de lui-même, contenant mystérieusement les fleurs et les offensantes histoires télévisées qui font abdiquer enfants et parents. Contenant le mal de dos, juste sous la nuque, et la tristesse élective de Rilke guidant dans ses lettres le tâtonnement distant d'autres faux ermites.
Nectar du jour qu'on récupère le front droit et liberté chérie de ne pas juger, de ne pas juger,
De ne pas même juger les trop longs après-midis ; écrin d'un éveil possible, d'une course possible.
Dirigé avec patience vers la connaissance, les pages s'établissent en amont comme une danse.
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