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mardi 29 novembre 2016

Principe de Carnot

Je suis la mort, je suis l'enfance, je suis ce long silence qui erre entre les ponts, sous les ponts. Je suis une disponibilité, une heure passée à ne rien faire, une minute, une seconde attentive.

Je suis cette respiration un peu différente que tu feras un jour, par hasard peut-être, celle qui te montrera un point jusqu'alors inconnu, entre ton ventre et tes poumons, un point où tout vient circuler, où tout circulera.

Je suis le jeûne et la maladie, les mille repas dans tes chiottes cent fois vomis.

Sans foi ni loi, j'ai pourtant une foi : le temps passe, je crois qu'il passera encore. Il repassera s'il le faut plutôt que de marquer une véritable pause. Toute pause du temps risquerait d'être définitive, aussi jamais le temps n'acceptera de telles menaces.

C'est parfois terrible de sentir le Tout qui se roule en boule à tes côtés. Qui se blotit quelque part, trop gros pourtant pour tenir même dans le plus vaste des océans. Sentir toujours le Tout qui déborde... Il ne tient pas plus facilement dans un hangar vide que dans une goutte d'eau.

Il ne tient ni dans un ventre plein ni dans un estomac affamé.

Il n'a que faire des styles, des formes et des fonds, il les dépasse.

Principe d'amour caché derrière la cruauté, derrière la naïveté.

Ce qui change de nom ne change pas pour auant d'identité.


Il y a certainement un grand mystère dont le dévoilement pourrait nous faire voir notre véritable visage.

Il y a certainement des degrés, des vérités, des choses meilleures que d'autres.


Pourtant à l'heure où le corbeau fouille avare de son bec le sol au vers de terre, la tendresse de ton chat venu ronronner sur tes genoux, les sales faces d'opportunistes nouvellement présidents, les plantes qui manquent d'eau dans un coin du salon, tout cela finalement n'a quand même pas l'air d'aller bien ensemble.

Qu'en est-il des ruptures, ami ?


Je n'ai jamais bien compris le second principe de la thermo-dynamique.

samedi 30 avril 2016




J'arrive avec une musique de fatigue dans la tête. Je reviens du pays des certitudes, du pays de l'envie de vivre, j'en reviens, je n'y suis plus. Des choses ont changés maintenant. Je ne sais pas très bien quoi. Ni comment. À un certain moment, difficile à cerner, quelque chose a basculé. Quelque chose, un presque rien, est rentré, ou sorti. C'est un absurde sentiment, validé par aucune preuve tangible, à la fois très prétentieux et très humble, très faux et pourtant si vivace en moi : je ne suis plus de ce monde.

Je me fiche de mourir, et je mourrai. Je me moque de la vie, et je vie encore.

Je ne crois plus être un « je », et pourtant tout est marqué du sceau fatidique de l'égo. J'arrive avec une musique de fatigue dans la tête. C'est une étrange énergie, née de son absence.
Ô ! plus rien n'est simple. Et tout est si limpide derrière les mots.

Avez-vous déjà perçu, certes fallacieusement, un gros engrenage caché derrière le réel ? Que ce rouage existe, rien n'est moins sûr. Existerait-il, rien ne nous dit qu'il serait couplé à d'autres rouages, formant cette horlogerie sacrée dont tant fantasment. Cette horlogerie existerait-elle, rien ne nous dit qu'elle ne déborde pas, qu'elle ne se déborde pas, et qu'au final elle n'est pas grand chose, comme notre corps n'est certainement pas grand chose sur Terre.

POURTANT, cette illusion d'expérience du rouage, du simple rouage, fusse-t-il celui qui se cache en nous, ou un de ceux qui se cachent en nous, suffit à lancer la machine à hypothèses que tout être quelque peu intellectuellement paré (c'est-à-dire peut-être « handicapé ») est immanquablement.

Dés lors, quelle solitude. À qui parler qui ne soit pas fragment ? Comment se prendre au sérieux, se voyant nous-même fragments ? Qu'il soit possible de survivre à cet état de conscience est étonnant. Cela signifie soit que nous sommes rouage et que notre force vient d'ailleurs, d'en dehors autant qu'en dedans, soit que nous avons manqué l'expérience, que nous l'avons survolés et que vite effrayés de ce qui commençait à se révéler nous avons préféré fuir, et revenir avec un rouage seulement plutôt qu'avec toute la machine, car pour revenir avec toute la machine, avec cette sorte d'horlogerie sacrée du réel, il aurait aussi fallu porter sa solitude atroce.

Car qu'est-ce qui est plus esseulé qu'une parfaite horloge, qu'un mécanisme total, sans dehors ?

Tout cela semble vaine rationalisation, et pourtant, bien qu'assez ardu à exprimer, il ne s'agit pas d'une dissertation désintéressée, écrite pour briller et séduire un correcteur quelconque, une examinateur de fin d'études. Ceci ce situe charnellement en moi, et m'empêche de vivre, de mourir, me protège aussi de bien d'autres soucis qui, à côté de celui-ci (la solitude du Monde), m'apparaissent tout à fait mineurs.

Je simplifie et mens par là même. Le soucis de manger et de ne point trop souffrir m'anime aussi bien qu'un autre. Mais pourtant, peut-être parce que je n'ai jamais vraiment eu faim (et j'ai eu faim) et que je n'ai jamais vraiment souffert (et j'ai souffert), cela me pré-occupe moins que la solitude du Monde.

mardi 1 mars 2016

Ce qui nous pousse, nous retourne et nous écorche devient rapidement les points pivots de nos cerveaux.

Masochisme des circuits de peau.

L'avancée triomphante des larmes du caveau.

Elles grimpent, salées, coulantes, elles escaladent le long chemin de notre mal-être,

Et quelque part, dans les bas-fonds ou les greniers célestes, de divins vers-de-terre transforment la merde en rêve.

vendredi 27 mars 2015

libre à nous de voir la Beauté qui surnage dans la douleur routinière des gens, mais c'est pour de faux, c'est une répétition.

"ça" a beau être dense, l'instant ne se suffit pas à lui-même, il coule encore vers un autre instant, toujours, toujours...


tandis que "ça" pensait dans ma tête (et plus "ça" pensait, plus je le ressentais ainsi), je ne savais pas "ce qui" au juste était en train de penser.

d'où "ça" pense comme ça?  (me disais-je)


et plus je me posais la question, plus je sondais avec je-ne-sais-quel organe la source de la pensée, plus elle s'évadait.



exactement comme ce reflet de soleil qu'une montre projette contre un mur et qui bouge, et l'on se demande d'abord pourquoi ça bouge, d'où vient le mouvement, et soudain on comprend que c'est notre montre sur notre poignet qui fait ça.


mercredi 25 mars 2015

"Une raison, somme toute, est chose étrange ; si je la regarde avec toute ma passion, elle se gonfle jusqu'à devenir une énorme nécessité, capable de remuer ciel et terre ; si je suis sans passion, je la juge avec dédain. - Longtemps j'ai médité sur la vraie raison qui m'a fait abandonner mon poste de professeur de lycée. Lorsque j'y réfléchis à présent, il me semble que cette situation me convenait tout à fait. Je commence aujourd'hui à voir clair : ma raison était justement que je me sentais entièrement apte à remplir ce poste. Si j'y étais resté, j'aurais eu tout à perdre, rien à gagner. C'est pourquoi j'ai jugé plus sage de me démettre de ma charge et de me faire engager par une troupe de comédiens ambulants - car, n'ayant aucun talent d'acteur, j'avais tout à gagner."

Kierkegaard

mardi 24 mars 2015

Jour blanc.

Gris.

Passade sur la planche à repasser.

Folie douce coulée en une apathie d'entretien.

Revenir sur la volonté avec des chaussures sales.

Jour blanc.